Grossesse

Quels sont les besoins d’une femme qui accouche

Je me suis aperçue que lorsque je parle d’accouchement autour de moi, la peur, la douleur et beaucoup d’autres termes négatifs prennent le dessus dans la conversation. Les personnes s’interrogent davantage sur les raisons des difficultés d’un accouchement que sur la possibilité qu’il soit beau et « facile ».

S’il y a bien une chose que j’ai apprise grâce à Michel Odent, c’est qu’il faut s’entraîner à mieux poser les questions. Plutôt que de s’interroger sur les difficultés de l’accouchement, posons-nous cette question :

Pourquoi l’accouchement est-il facile, magnifique ou encore rapide pour certaines femmes ?

Aaaaaaah ! Ca change tout n’est-ce pas ?!

C’est en se posant cette question que Michel Odent a pu mettre en lumière les besoins essentiels d’une femme qui accouche et les diffuser ensuite au plus grand nombre.

C’est avec beaucoup d’enthousiasme que je vous transmets à mon tour le travail de recherches et les connaissances précieuses de ce grand monsieur.

Dans cet article, vous découvrirez que c’est en respectant les besoins de base d’une femme qui accouche que celle-ci peut accéder à un accouchement physiologique et magnifique.

Le rôle de l’ocytocine pendant l’accouchement                          

Quand une femme accouche, elle produit une hormone : l’ocytocine. C’est grâce à celle-ci que l’utérus se contracte.

C’est aussi l’hormone de l’amour et du plaisir. En effet, notre cerveau primitif sécrète de l’ocytocine à chaque fois que nous nous sentons bien : pendant un rapport sexuel par exemple ou lors d’une fête/d’un dîner entre amis, pendant un massage ou un autre moment de relaxation.

Pendant l’accouchement, l’ocytocine est une hormone vraiment incroyable car elle :

  • Diminue la sensation de danger
  • Augmente le courage
  • Amène la détente et le calme entre les contractions
  • Diminue la sensation de douleur en relativisant/dédramatisant les informations envoyées au cerveau

On peut dire que l’ocytocine a un double rôle : oui elle créée les contractions intenses et donc la douleur mais elle a aussi pour fonction de calmer, de détendre et de mettre en confiance une femme qui accouche, entre chaque contraction. C’est DINGUE non?

Enfin, l’ocytocine n’est pas une hormone autocontrôlée. Ça veut dire que plus elle est produite, plus son taux augmente progressivement ! C’est exponentiel !

Le seul point d’ombre de l’ocytocine, c’est qu’elle est timide et très contrôlée par le cerveau…

C’est pour cela qu’il est essentiel de connaître les besoins de base d’une femme qui accouche. Car plus ceux-ci sont connus et respectés, plus les bonnes conditions sont réunies pour que l’ocytocine soit sécrétée en abondance. Ainsi, le travail sera efficace et plus rapide.

Mettre le cerveau « pensant » (néocortex) en pause

L’être humain a deux cerveaux :

  • Le cerveau primitif (l’ancien cerveau) : il assure la réponse à nos besoins fondamentaux (respiration, alimentation, instinct de survie, régulation de la fréquence cardiaque etc). C’est aussi cette partie du cerveau qui sécrète les hormones nécessaires à l’accouchement.
  • Le néocortex (le nouveau cerveau) : c’est la partie pensante et logique du cerveau. Développé à un niveau extrême chez l’humain, il nous a permis de créer des langages, d’apprendre à prendre des décisions et à être perspicace.

Le néocortex est activé par le langage, la lumière, la sensation de danger ou de stress, les observations, le froid ou encore le manque d’intimité. Si le néocortex est activé pendant l’accouchement, il inhibera les fonctions du cerveau primitif. Cela aura pour effet de ralentir la production d’ocytocine. Les accouchements seront donc rallongés et plus difficiles.

Une femme qui accouche doit pouvoir se laisser aller complètement dans son travail. Elle doit pouvoir s’y abandonner, comme on s’abandonne au sommeil. Pour cela, il faut lui laisser la possibilité de mettre au repos son néocortex. C’est en répondant à ses besoins de base pendant l’accouchement qu’elle y parviendra.

Les besoins de base d’une femme qui accouche

Se sentir en sécurité

Les vétérinaires ou les zoologistes vous le diront très bien : la plupart des mammifères trouvent un lieu sûr pour accoucher et s’ils détectent un danger, le travail s’arrêtera pour reprendre dans un autre lieu sûr.

Et à vrai dire, nous ne sommes pas si différents. La majorité des femmes choisissent d’accoucher à l’hôpital car cela leur semble être l’endroit le plus sûr pour donner naissance à leur bébé. Pourtant, de nombreux facteurs peuvent insécuriser les femmes à l’hôpital : les chambres médicalisées, le monitoring, le personnel médical inconnu ou encore la méconnaissance des lieux dans leur ensemble. Cette insécurité peut ralentir la production d’ocytocine et entraîner un travail plus long et difficile.

Le sentiment de sécurité est très personnel. Néanmoins, voici ce que j’ai appris : il est souvent apporté par une personne qui accompagne la femme qui accouche. Que ce soit une sage-femme connue, une doula, un conjoint, cette personne aura la capacité d’apporter une sensation de calme et de paix à la maman. Elle saura la rassurer et la protéger par sa simple présence.

Le choix d’un lieu sûr, connu, idéalement familier permet aussi aux femmes de se sentir en sécurité pendant leur accouchement.

L’obscurité

Les lumières fortes viennent stimuler le néocortex, nous l’avons dit plus haut. Il est donc important de créer un environnement obscur pour un accouchement. Pour cela, il faudra fermer les volets, tirer les rideaux, allumer des petites bougies ou des lumières tamisées. Cela favorisera le relâchement du néocortex et la production d’ocytocine.

Avoir chaud

Une femme qui accouche a besoin d’être bien au chaud. Cette sensation de chaleur lui permettra de se détendre, de lâcher son néocortex progressivement et de produire de l’ocytocine en abondance. En d’autres termes : la chaleur favorisera la mise en place d’un travail efficace et rapide. La chaleur peut être apportée par un radiateur, un feu de cheminée, un bain à 37° ou une douche à la même température.

Ne pas se sentir observée / besoin d’intimité

Si une femme qui accouche est observée, elle s’observe elle-même. Elle pense, elle stimule donc son néocortex et a plus de difficultés à s’abandonner à son travail et à ses sensations.

Les meilleurs accompagnateurs (sages-femmes, doula, conjoint) seront ceux qui ne seront pas assis, plantés devant une femme qui accouche, à l’observer ou la guider.

« Personne autour de la femme qui accouche, si ce n’est une sage-femme, expérimentée, silencieuse, assise dans un coin et qui tricote. » Michel Odent.

On ne peut pas faire plus clair ! 😉

Eviter toute production d’adrénaline

L’adrénaline, c’est l’hormone que nous produisons quand nous avons peur ou froid, quand nous sommes anxieux ou stressés. C’est une hormone qui empêche l’ocytocine d’être libérée ! L’adrénaline peut donc stopper, ralentir, rallonger et rendre plus douloureux un accouchement.

De plus, c’est une hormone contagieuse. C’est donc à chaque personne présente lors d’un accouchement de prendre conscience de son taux d’adrénaline, afin de ne pas le transmettre à la femme qui accouche.

Pendant le séminaire, Liliana, qui est doula depuis 20 ans, nous a partagé qu’elle avait observé beaucoup de papas stressés et anxieux pendant l’accouchement de leur femme (ce qui est soit dit en passant tout à fait normal, surtout pour une première naissance !). Dès lors qu’elle leur suggérait gentiment, avec bienveillance d’aller se promener ou de prendre l’air pendant le travail, ils s’en allaient précipitamment, comme soulagés de cette offre et le bébé naissait quelques minutes plus tard !

Ainsi, lorsque vous êtes présents à un accouchement, observez-vous : si vous sentez que vous êtes anxieux ou stressé, essayez de vous calmer. Si vous n’y arrivez pas, sortez de la pièce pour vous détendre et revenir quelques minutes après. De même, si vous observez une personne stressée/anxieuse près d’une femme qui accouche, invitez là gentiment à quitter la pièce.

Enfin, si vous observez que la maman produit de l’adrénaline pendant son accouchement, protégez là, donnez lui confiance, rassurez là par votre calme, votre présence bienveillante et votre amour.

Le silence

Une des choses qui stimule le plus le néocortex, c’est le langage ! Toutes les informations données et les questions posées à une femme qui accouche l’inviteront à réfléchir et à stimuler son cerveau « pensant ».

Une femme en travail a donc besoin de silence pour mettre en pause son néocortex, afin de s’abandonner à son travail et sécréter de l’ocytocine en abondance.

Ce qu’il faut retenir

Pour qu’un accouchement se passe dans les meilleures conditions, il faut que l’ocytocine, hormone qui provoque les contractions tout en réussissant aussi à diminuer la sensation de douleur (avec l’endorphine) soit sécrétée en abondance.

Pour que cela soit possible, la femme qui accouche doit pouvoir mettre en pause son néocortex.

Le silence, le sentiment de sécurité, l’obscurité, la chaleur, l’intimité et l’absence d’adrénaline sont autant de facteurs précieux qui permettent de mettre en pause le cerveau « pensant ».

S’ils sont tous réunis, la maman pourra alors s’immerger pleinement dans son travail, se couper du monde et donner naissance à son bébé dans les meilleures conditions.

Pour finir, je vous souhaite à toutes, de tout coeur un merveilleux accouchement !

A très vite les mamans,
Bravo de vous informer sur la maternité et d’être curieuse. Continuez !

Julia 🌱

A noter : le choix d’un accouchement physiologique ou médicalisé est propre à chaque femme et doit être respecté.

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8 commentaires sur “Quels sont les besoins d’une femme qui accouche”

  1. Merci Julia pour cet article. De plus en plus de maternités mettent ces conseils en pratique, et j’ai eu l’immense chance d’accoucher dans une maternité de ce type (la clinique mutualiste à Grenoble que je recommande à 100%)
    Attention toutefois, car à force de mettre en avant la possibilité d’un accouchement “merveilleux”, il ne faudrait pas culpabiliser celles pour qui c’est plus difficile, pour des raisons médicales ou d’autres raisons. Car malgré toute la préparation du monde et l’entourage le plus bienveillant, un accouchement reste une aventure imprévisible qui ne se déroule JAMAIS comme on l’avait imaginé.
    J’ai vu pas mal de femmes se préparer énormément, attendre un “bel” accouchement et ensuite s’en vouloir et culpabiliser d’avoir par exemple eu une césarienne. La vie n’est malheureusement pas un long fleuve tranquille…

    1. Bonjour Marion, merci pour ton commentaire et ton témoignage.
      Je pense sincèrement que nous avons chacune nos histoires et nos vécus, un corps qui nous est propre. Ainsi que des valeurs profondes et intrinsèques.

      Nous sommes uniques et notre accouchement le sera tout autant.

      Avec cet article, je cherche surtout à transmettre les informations incroyables et bouleversantes (positivement) que j’ai apprise auprès de Michel Odent et Liliana Lammers.
      Bien sûr qu’un accouchement n’est pas prévisible, mais je peux assurer que plusieurs conditions peuvent être connues et mises en place pour qu’il se passe au mieux, sans interventions médicales. Une partie de ces conditions apparaissent dans l’article. Les nombreuses naissances sauvages, extraordinaires, intenses accompagnées par Liliana et Michel sont la preuve que les beaux accouchements existent et qu’ils sont à la portée de chaque femme, si leur santé et celle de leur bébé le permettent !

      Mais il y a aussi les femmes qui accouchent plus difficilement c’est vrai : césarienne d’urgence, épisiotomie, forceps, ventouse… la liste est longue. Je déplore sincèrement que ces femmes aient à vivre cela pour donner naissance. Cela nous amène à nous interroger : ne serait-ce pas parce que nous n’avons pas respecté leurs besoins de base pendant leur travail ? Ne serait-ce pas parce que l’entourage, tel qu’il soit, est venu perturber le processus physiologique de la naissance ? Et si leurs besoins avaient été connus et respectés ? Les histoires seraient bien différentes… j’en suis convaincue ! C’est justement la raison d’être de cet article et de mon travail en général : informer, accompagner, protéger pour embellir les histoires ❤

      Encore merci Marion pour ton commentaire qui me permet de déployer encore plus ma pensée. A très vite sur le blog.

      Julia

  2. Merci Julia ! Les mots de Michel Odent et Liliana m’avaient bouleversée il y a quelques années et tu as très bien su les retranscrire. J’essaie dans mes accompagnements auprès des femmes enceintes de transmettre cette foi dans nos capacités à enfanter et dans l’importance des conditions extérieures pour laisser cette physiologie faire son oeuvre. J’aime quand les sciences viennent confirmer nos intuitions 😉

    1. C’est exactement ce que j’aime dans le travail de Michel Odent, mettre la science à la portée de tous. Il le fait à merveille, son séminaire Naissance et Physiologie en est la preuve. Il nous donne l’opportunité et nous enseigne comment le faire à notre tour.
      Merci pour ton commentaire Anne-Christine !

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